Écart

A : Ah ! Ça fait toujours du bien de venir ici.

B : Hé, je crois que c’est là qu’on a passé le plus de temps ensemble.

A : Tu penses vraiment ? Ça me paraît petit comme endroit pour autant de temps !

B : Dis, tu te souviens ?

B initie un délire que seul A comprend (private joke, paroles sorties de leur contexte, etc.). A rentre dans son jeu pendant un moment, puis silence. Pendant leur délire, A et B se sont éloignés physiquement sur la scène.

A : ça te dirait pas qu’on aille ailleurs ?

B : Comment ça, on est bien ici non ? On peut continuer à occuper l’espace !

A : Ahah oui. Silence. Ça te dirait vraiment pas qu’on aille ailleurs ?

B : Mais je ne comprends pas, où tu voudrais aller ? ça ne te suffit pas ici ?

A : Si si, mais je ne sais pas, aller plus loin, genre, par là tu vois ?

B : Oui, ben qu’est ce qu’il y a par là ?

A : Ben je sais pas, y a de la place, de la profondeur, tout ça quoi…

B : Mais on l’a pas déjà ici ça ?

A : C’est pas la même chose, y a un truc en plus, je saurai pas mettre un mot dessus.

B : Ben à vrai dire, je n’ai pas besoin de plus, il y a vraiment tout ce qu’il faut ici. Tu ne trouves pas ?

A : Occupons l’espace. Silence. J’aimerais bien qu’on fasse plus, qu’on aille… Je ne sais pas… Regarde, on est jamais allé là, je pense que, enfin, ça pourrait… (Avance à une marche dans les escaliers)

B : Je t’assure, je vois bien que ça te tiens à cœur et tout, mais je me répète, je n’attends pas plus. Pourquoi tu voudrais…. ?

A : Je ne sais pas, c’est comme ça. Regarde, c’est plus haut, c’est moins plat. Je ne dis pas que ce qu’on fait ou qu’on a fait c’est plat, mais…

B : Mais qu’est-ce qui te prend comme ça ? Y a aucune raison d’aller ailleurs, tout ce qui se fait ailleurs on peut le faire là et maintenant avec ce qu’on a, non ?

A : Ben non justement, y a un truc qui manque. (Il monte encore un peu sur l’escalier). ICI, là, y a quelque chose en plus, et quand je regarde en bas je me dis que c’est dommage de passer à côté juste parce qu’on serait pas au bon niveau…

B : Mec… Écoute, arrêtons d’occuper l’espace, on essaye d’autres trucs, mais je n’ai pas le besoin d’aller ailleurs, c’est comme ça. A revient. Silence.

A : Mais tu vois bien que c’est plat ! Ce n’est même pas ce que je veux dire, je ne sais pas comment le dire. (Montant l’escalier.) Viens voir, regarde, ici, il y a plein d’étages, il y a vraiment la possibilité d’aller plus loin, d’aboutir à quelque chose de vraiment sympa, vraiment nourrissant ou humain ! Regarde ici, toute cette diversité, toutes ces émotions, je veux plus tu comprends, je veux plus de ça, je veux plus de nous, je tiens énormément à ce qu’on a bâti ensemble, on passe des bons moments, toi aussi non ?

B : Oui moi aussi ! C’est bien d’être avec toi, c’est bien d’être ici, et toi aussi t’aimes bien être ici non ?

A : Oui ! Mais je ne sais pas il y a un truc qui a grandi en moi, j’ai envie qu’on passe plus de temps ensemble, ou d’échanges plus profonds je ne sais pas, j’ai envie qu’on aille plus loin, tous les deux, d’en apprendre plus sur toi. D’être encore moins seul avec toi. B : Tu te sens seul avec moi ?

A : Non ! Non, je veux dire, de me sentir plus… Je ne sais pas comment dire. Soutenu, toi derrière pour m’épauler, rha c’est mal dit, car c’est déjà le cas… Peut-être… Plus de souvenirs ? Et puis qu’est ce que ça nous coûte d’essayer ? A redescend pour prendre B par la main et l’emmener. B se laisse entraîner au début puis résiste au moment de monter la marche. A continue un peu puis se retourne.

B : … Je suis désolé mec… Je sens déjà tout ça avec toi. Je sais que je peux compter sur toi, et je sais que tu sais que tu peux compter sur moi, mais… Je suis désolé, je… Commence à se replacer en centre scène De mon côté je n’ai pas ce besoin d’explorer plus. Ce qu’on a, me va, et aller plus loin avec toi, ce serait te mentir, jouer, et je ne veux pas me foutre de ta gueule. A redescend jusqu’à la scène mais reste éloigné de B. Je… Je crois que l’importance que j’ai pour toi n’est pas la même que celle que tu as pour moi… Je suis désolé…

A : … On fait quoi alors ?

A, B : …


Ecrit en collaboration avec Félix Laboup.

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